Au Coeur Des Marchés du 27 août 2026

Publié le 29 août 2026 à 04:51

[Pierre de Puybasset]

David, rapidement, qu'est-ce qu'il faudra retenir de cet été ?

[David Kruk]

En termes de performance l’été a été correct, avec un mois de juillet épuisant et un mois d’août rassurant. Juillet été un concentré d’inquiétudes qui s’est soldé par des performances finalement en baisse aux Etats-Unis. Et puis en août, les marchés américains ont repris des couleurs et se sont rassurés, avec des performances qui ont été positives.

Tout d’abord, nous avons clairement eu des moments d’hystérie au mois de juillet, avec des vents violents qui ont même entraîné des ventes forcées de la part d’un célèbre hedge fund (Situational Awareness). Les mouvements ont parfois été énormes, avec une volatilité inquiétante et non maîtrisée.

Nous avons ensuite eu les inquiétudes entourant la Réserve Fédérale américaine, avec notamment la volonté de Kevin Warsh d’être moins visible quant à l’orientation de la politique monétaire. Les marchés ont été contraints de se débrouiller sans savoir exactement où la Fed veut aller. Dès le mois de juillet, les marchés ont commencé à anticiper des hausses de taux.

La troisième source d’inquiétude a été la Chine, avec des indicateurs domestiques globalement décevants, des résultats décevants en provenance du secteur technologiques, et de nouvelles tensions commerciales avec les Etats-Unis.

Mais le quatrième et point central d’inquiétude est le marché obligataire, avec la remontée des taux longs qui constituent un vrai sujet d’inquiétude pour le marché, avec une dette publique américaine qui atteint 40.000 milliards de dollars et un service de la dette qui dépasse 1.000 milliards de dollars par an.

[Pierre de Puybasset]

Et l’Etat a également de la concurrence de la part de nouveaux émetteurs aussi…

[David Kruk]

Exactement, entre le financement du déficit public et du déploiement de l’IA, il y a trop de demande sur le marché. Et clairement, ça fait monter les taux, avec le 30 ans américain qui a récemment atteint 5,3%, et le 10 ans qui est remonté à plus de 4,7%. Mais cette hausse n’est pas limitée aux Etats-Unis. En Europe aussi, il y a une pression à la hausse pour les taux souverains.

Par la suite, la vigueur des résultats d’entreprise a permis aux marchés de progressivement se reprendre. La croissance des bénéfices par action a été exceptionnelle, sur des niveaux plus atteints depuis 2021 au sortir de la pandémie. Et la hausse des chiffres ne s’est pas limitée aux hyperscalers américains, avec des résultats qui ont été tout aussi soutenus en Europe. La croissance des BPA a atteint 23% sur un an en Europe et 33% aux Etats-Unis ; et hors énergie, nous restons à plus 11% en Europe et plus 28% aux US.

Les surprises positives ont été nombreuses, et la majorité des sociétés ont relevé leurs objectifs dans les deux régions, avec une dynamique qui est appelée à se renforcer durant le second semestre. Les grands courtiers ont d’ailleurs majoritairement relevé leurs attentes pour le reste de l’année, avec par exemple Barclays qui s’attend désormais à une progression de 16% pour les résultats en Europe, contre 12% auparavant. La croissance des bénéfices devrait rester le principal moteur de la performance des actions d'ici la fin de l'année.

[Pierre de Puybasset]

Il y a également eu un élargissement de la croissance des bénéfices…

[David Kruk]

La volatilité exceptionnelle qu'on a eue sur les semi-conducteurs, elle n'est pas supportable pour des gérants. Les fortes fluctuations journalières sont principalement causées par les particuliers. Les institutionnels, ils ont remarqué la dynamique des résultats qui s’étend à un plus grand nombre de sociétés, et ils ont acheté un certain nombre d'autres secteurs qui ont eu des résultats convaincants. La correction en juillet s’est faite sans sorties de capitaux des marchés boursiers. Les ventes dans les semi-conducteurs ont été compensées par des achats dans d’autres secteurs.

[Pierre de Puybasset]

Les rendements sur les obligations souveraines ne sont-ils pas aujourd’hui suffisamment élevés pour tenter certains investisseurs à sortir de la bourse ?

[David Kruk]

Un taux à 10 ans au-dessus de 4,7%, ça devient clairement intéressant. Un grand nombre d’intervenants dans le marché pense toutefois que cette situation est transitoire et que les taux peuvent redescendre. Ce niveau est toutefois suffisamment élevé pour faire douter les marchés, et pourrait justifier un début de septembre plus difficile sur les marchés.

[Pierre de Puybasset]

Quelles sont les attentes des grands courtiers pour les prochains mois ?

[David Kruk]

La plupart restent assez positifs, et tablent sur un indice S&P500 qui devrait dépasser les 8000 points d’ici la fin 2026, principalement grâce à la croissance des résultats. Les principales incertitudes restent sur le niveau des taux, et un reflux semble aujourd’hui nécessaire durant les prochains mois si on veut éviter une hausse de l’incertitude. Si les taux restent à ce niveau-là, les marchés boursiers auront clairement du mal à monter.

En outre, la saisonnalité du mois de septembre est souvent assez négative d’un point de vue historique, avec un recul moyen de 3,4% pour l’indice S&P500 depuis 1950.

[Pierre de Puybasset]

Et en Europe, il y a le cas de la France qui semble inquiéter les marchés…

[David Kruk]

Nous sommes revenus sur la situation que nous avions connue il y a un an, avec un budget qui va être difficile à voter, parce qu'aucun parti politique ne va faire d'efforts avant les élections. En termes de flux, la France est aujourd’hui vendue en faveur des autres marchés européens. Pourquoi avoir du Saint-Gobain en portefeuille à l’heure actuelle plutôt que du Heidelberg Cement ?

[Pierre de Puybasset]

Sur nos fonds actions, nous avons déjà fortement réduit notre exposition sur la France.

[David Kruk]

Mon sentiment personnel est que les marchés vont continuer de progresser, même si septembre pourrait être plus délicat. Je reste sous le charme des derniers résultats trimestriels, avec une progression qui devrait encore être soutenue durant le second semestre. Mais ce dont je suis sûr à 1000%, c'est que la moindre baisse constituera une opportunité d’achat et que les marchés rebondiront rapidement. Moi, je suis prêt à acheter.

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