Au Coeur Des Marchés du 29 octobre 2026

Publié le 30 octobre 2026 à 13:00

Avant une édition en direct qui se tiendra à Bruxelles vers la fin novembre, c'est exceptionnellement sans Pierre Puybasset que David Kruk a animé la 62ème édition du podcast "Au Coeur Des Marchés" ce 29 octobre. Exceptionnellement, cette retranscription prend donc la forme des grandes thématiques qui ont été abordées lors de cette édition en solo, plutôt que celle d'une discussion entre les deux experts. 

1. Sur le mois d'octobre

Sur la surface, il est facile d'avoir l'impression que les marchés n'ont pas bougé tant que ça. Dans la réalité, octobre a été un vrai mois de rotation, avec un indice S&P500 Equipondéré qui a progressé de 4% tandis que le S&P500 n'a pris que 1% en raison du fort recul des Magnificent Seven. Trois sources d'inquiétude ont dominé une nouvelle fois l'actualité ce mois-ci: la géopolitique, les banques centrales et l'IA.

2. Sur la géopolitique

Les prix du baril sont restés très élevés en dépit des tentatives pour obtenir une paix au Moyen-Orient, et la situation reste encore très complexe. Les élections en Israël n'ont pas permis de dégager une majorité claire, et nous devrions donc avoir une continuité dans les relations israélo-américaines. Le marché craint  que Trump poursuive son opération militaire en Iran une fois les mid-term passées, lorsqu'il aura perdu la Chambre des représentants et/ou le Sénat. Ceci explique que le prix du baril n'aient pas baissé en octobre alors que le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz a fortement augmenté. Nous avons également assisté à une décorrélation de la relation entre le prix du pétrole et les taux à 10 ans, qui sont restés autour de 5% aux Etats-Unis. 

3. Sur les banques centrales

La Réserve Fédérale a retrouvé de la crédibilité après la hausse du taux directeur du mois de septembre. Personnellement, j'avais également envie qu'elle monte son taux pour retrouver son indépendance pour lutter contre la hausse de l'inflation. Pour le moment, la prochaine hausse du taux directeur est attendue pour la réunion de décembre, avec une probabilité de 80 à 90% qui sera dépendante des données qui seront publiées. Donc. c'est plutôt rassurant. Dans le même temps, l'économie reste solide face à la hausse des taux et aux resserrements des conditions financières.

4. Sur l'IA

La technologie a été un véritable champ de mines durant le mois d'octobre, car il y avait probablement trop de concentration sur les semi-conducteurs et sur les producteurs de mémoire depuis plusieurs mois. Et la rotation hors de la technologie a été très importante, avec notamment une correction de 30% sur les groupes coréens, causée par les craintes qui commencent à apparaître sur la croissance et le financement des investissements, ainsi que par la montée en puissance de CXMT (ChangXin Memory Technologies), le concurrent chinois de Micron, Hynix et Samsung, dont la part de marché mondiale est récemment montée de 7 à 9%. Et dès qu'on parle de la Chine, on sait que c'est un risque sur les prix et sur la rentabilité du secteur.

5. Sur Coreweave

L'endettement de Coreweave a concentré toutes les inquiétudes du marché sur la taille des investissements dans l'IA, d'autant que c'est la seule société IA à avoir une dette à haut rendement. Le CDS (Credit Default Swap) a donc focalisé les inquiétudes sur l'endettement du secteur. Je pense toutefois que la valorisation actuelle, qui intègre un risque de défaut de 50%, est beaucoup trop basse au vu d'une valeur de liquidation qui dépasse le volume de l'endettement. Dans ce contexte, les annonces des plans d'investissements des hyperscalers à l'occasion des résultats trimestriels ont été accueillis avec une certaine froideur, tandis que Microsoft a progressé après avoir annoncé une légère réduction de ses investissements. Bref, le marché a montré des signes de stress à plusieurs niveaux dans la technologie. 

6. Sur les résultats trimestriels

Ce que je dis souvent, c'est que l'argent ne disparaît pas, il ne fait que tourner. Finalement, les marchés ont montré encore une forte résilience par rapport à tous les doutes qu'on a voulu vous mettre en tête. Dans le même temps, les résultats trimestriels sont le point central pour continuer de pousser le marché vert le haut, et démontrer que les valorisations actuelles ne sont pas excessives. Nous devrions avoir un huitième trimestre consécutif avec une croissance des résultats supérieure à 10%, et le troisième à plus de 25% au niveau du S&P500. En Europe, nous sommes également à plus de 25% de croissance sur le troisième trimestre, et 16% en ne tenant pas compte des chiffres d'ASML. Dans l'ensemble, les chiffres annoncés restent très solides et conformes aux attentes élevées.  

7. Sur les attentes des grands courtiers

Les grands courtiers américains surfent également sur les résultats des entreprises, et la plupart s'attendent à un indice S&P500 au-delà des 8000 points d'ici la fin de l'année sur base d'une croissance des bénéfices par action attendue au-delà de 20% pour 2026, qui devrait encore se maintenir à plus de 10% en 2027. En dépit des petites corrections, la volatilité du marché reste relativement basse avec des signaux qui restent rassurant du côté des consommateurs américains. Je pense que vous avez souvent des doutes sur ce sujet, mais le bilan des ménages reste très robuste avec des taux d'endettement historiquement faibles et un effet richesse (lié aux marchés financiers) qui continue de jouer pleinement.

8. Sur les taux longs

Toujours chez les grands brokers, ils estiment désormais que le niveau d'alerte sur le taux à 10 ans sera plutôt vers un niveau de 6%. A ce niveau, nous pourrions assister à davantage de rotation hors des marchés boursiers pour se diriger vers la dette souveraine pour profiter d'une éventuelle détente des taux à 10 ans. 

9. Sur les réserves de liquidité

La saisonnalité de fin d'année est habituellement très bonne, et la tendance est toujours orientée à la hausse en dépit de la rotation sectorielle du mois d'octobre. Il y a encore du potentiel, d'autant que les programmes de rachats d'actions vont progressivement reprendre, avec un rythme qui devrait revenir à plus de 5 milliards de dollars en rachats journaliers. En outre, les réserves sur le marché monétaire restent très importantes (8000 milliards de dollars) et dégagent des flux financiers importants qui doivent être réinvestis. 

10. Sur le mois de novembre

Je pense que globalement, le marché va être rassuré une fois que les élections de mi-mandat seront derrière nous, avec un pouvoir qui sera dilué entre républicains et démocrates. Je pense que l'impact pourrait être surtout sectoriel, avec des secteurs fortement soutenus par l'effet Trump (comme les banques ou l'énergie) qui pourrait être affectés. La seule chose qui me fait peur, en définitive, c'est l'aspect géopolitique. A court terme, je reste toutefois prudent afin de voir quelle sera la réaction de Trump suite aux élections, et si le prix du baril risque de monter durablement dans une zone plus récessive (entre 120 et 150 dollars). La bonne nouvelle, c'est que nous devrions avoir rapidement une réponse à cette question, mais je pense que la continuité des bons résultats en novembre va nous aider à progresser.

 

 

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